Visuel du bouquet de services académiques

Conseillers principaux d'éducation

Pour l'école de la confiance

Sommaire

Interview de Caroline LETOT, CPE fonctionnaire stagiaire

Caroline LETOT est conseillère principale d’éducation. Lauréate lors de la session 2017 du concours, elle est actuellement fonctionnaire stagiaire dans un collège. Elle revient pour nous sur sa prise de fonction et sur cette année rythmée par l’alternance entre son établissement et l’ESPE d’Amiens.

 Quel a été votre parcours scolaire et professionnel avant de devenir CPE fonctionnaire stagiaire ?

A la sortie de mon baccalauréat technologique sciences médico-sociales en 2008, je me suis orientée vers le diplôme d’assistant de service social. Lors de cette première formation professionnelle, j’ai préféré mes stages en relation avec un jeune public. J’ai été sensible aux questions d’orientation socio-professionnelle de jeunes en difficultés d’insertion et sur les questions de la politique de la ville. Ce sont les cours sur le champ éducatif qui m’ont le plus attirée. D’un autre côté, j’ai senti que le métier ne me comblait pas entièrement. En 2012, j’ai donc décidé de poursuivre en troisième année de Licence de sciences de l’éducation. En même temps que mon Master de recherche en sciences de l’éducation en enseignement à distance, je suis devenue assistante d’éducation dans un collège. J’ai très vite voulu alors me lancer dans le métier de conseillère principale d’éducation. Ce fut rapidement une évidence.

 Quels sont les éléments qui vous ont donné envie de devenir CPE ?

C’est pour moi le métier le plus riche au sein de l’Éducation nationale. C’est là que je me sens le plus utile car le CPE et son service se situent au cœur de la vie de l’élève. Certaines missions au cœur du métier m’intéressent tout particulièrement comme favoriser la réussite scolaire et à l’insertion professionnelle de tous les élèves en contribuant à la prévention et à la lutte contre le décrochage scolaire, garantir le bien être et la sécurité des élèves en développant la formation au vivre ensemble, l’éducation à la citoyenneté. Mais ce qui prend du sens aussi et surtout pour moi ce sont certains moments de la journée parfois très simples. Par exemple, le matin à 7h30 au portail lorsque j’échange pas loin de 700 « bonjour », « bonne journée » et que les élèves répondent ou le disent avant moi avec le sourire. C’est pour moi quelque chose de fondamental, l’essentiel et ce à quoi doit servir l’École : l’épanouissement, la socialisation, l’émancipation progressive des jeunes. Ce travail quotidien contribue à faire de nos élèves de futurs citoyens éclairés et insérés dans la vie sociale et professionnelle.

 Vous avez obtenu le concours externe de recrutement. Comment l’avez-vous préparé ?

J’ai passé le concours externe deux fois. Admissible la première fois, je n’étais pas assez préparée aux oraux, je pense que je n’avais pas bien cerné les attentes. La deuxième année, j’ai emprunté des fiches de révisions d’une récente lauréate pour construire mes propres fiches, ma propre méthode. J’ai sélectionné une liste de livres dans la bibliographie du concours. J’ai décortiqué les rapports du jury. Je me suis entraînée seule à l’écrit chez moi avec les récents sujets, en me chronométrant pour bien gérer le temps. Et j’ai tenté de me corriger après mes épreuves blanches avec les sites internet officiels et les livres que j’avais. Je suis revenue sur ma réflexion pour l’améliorer, l’approfondir. Aucune impasse, j’ai balayé toutes les thématiques possibles...

Une fois admissible, j’ai sollicité mes propres CPE pour bénéficier de conseils pour les oraux. J’ai passé des oraux blancs avec eux et la principale adjointe. L’ESPE d’Amiens m’a gentiment accueillie pour les oraux blancs. Ces entrainements ont été déterminants. Les échanges avec les jurys blancs ensuite m’ont permis de comprendre mes faiblesses, j’ai appris à ne pas répondre du tac au tac, à développer ma réflexion et à mettre en avant ma « personnalité professionnelle ». Le jour J, je n’ai pas eu le sentiment d’être une assistant d’éducation qui passait des épreuves du concours, j’étais une CPE en discussion professionnelle avec le jury.

 Vous êtes affectée au collège Jean Mermoz de Laon, comment s’est déroulée votre prise de fonctions ?

J’ai une petite « particularité », je suis devenue fonctionnaire stagiaire dans le même établissement où j’étais assistante d’éducation. Je pense donc que ma prise de fonction a été un peu différente que les autres. Je n’avais pas l’appréhension de l’inconnu, c’était l’avantage. Ce n’est pas pour autant que c’était plus facile. Pour moi, lenjeu était de rester la même mais de marquer une rupture avec mon passé d’assistante d’éducation. Il m’a fallu déconstruire certaines habitudes et apprendre à redécouvrir l’établissement autrement. J’ai donc pris le temps d’observer le fonctionnement du collège, de m’appuyer sur des indicateurs, d’analyser ce qui fonctionne et de déterminer des axes de progressions, tout en étant dans l’action constante. L’enjeu était d’endosser rapidement une nouvelle casquette et tout en m’appuyant sur les relations construites précédemment.

 Pouvez-vous nous expliquer comment se déroule l’année d’une fonctionnaire stagiaire ?

Je suis CPE à mi-temps en établissement et, en parallèle, je dois valider le Master 2. En fonction de leur parcours précédent, certains collègues de ma promotion peuvent être à temps plein et n’ont pas de Master à valider, d’autres ont le M2 mais ont choisi d’assister à certains modules. Lorsque j’ai passé le concours, j’ai stoppé mon mémoire de recherche qui était en cours. Étant déjà assistante d’éducation à temps plein, j’ai fait le choix de me consacrer uniquement au concours. Mais les acquis de mon précédent Master ne furent pas perdus pour autant. J’ai pu faire une demande de validation des acquis en début d’année et je n’ai pas eu besoin de tout refaire. Sur une semaine type, je suis donc en formation le lundi et le mardi. Le mercredi, jeudi et vendredi, je suis en établissement.

Par ailleurs, trois visites sont organisées durant l’année scolaire avec mon tuteur ESPE et mon tuteur de terrain. Ces visites me permettent de faire le point sur l’évolution de la prise de fonctions ainsi que sur la préparation de la visite de l’Inspecteur d’académie - inspecteur pédagogique régional Établissements et vie scolaire. Je rencontre également régulièrement mon tuteur de terrain afin d’échanger sur des situations et de ne pas rester seule avec mes interrogations. Il faut profiter au maximum de cette année de stage.

 Quelles sont les principales difficultés de cette année spéciale où vous cumulez l’ESPE et le terrain ?

La principale difficulté est la gestion du temps. Il faut avoir un chronomètre dans la tête. On a l’impression d’être partout à la fois. On aimerait en faire plus sur le terrain et d’une certaine manière c’est une année frustrante. Cependant, les temps à l’ESPE sont essentiels pour prendre du recul sur sa pratique et échanger avec les collègues et les formateurs. Cette année de stage est une opportunité pour apprendre à être le CPE que l’on serra pendant toute notre carrière. L’une des qualités du CPE est de s’adapter à toutes sortes situations, alors, si cette année de stage partagée entre les allers retours ESPE – terrain est menée de front, on peut se dire qu’on est armé à poursuivre !

 Pouvez-vous nous décrire le projet que vous avez présenté dans le cadre de votre inspection de titularisation ?

En début d’année, j’ai proposée aux élèves élus au Conseil de la vie collégienne (CVC) de réaliser un projet sur les règles de vie au collège. Les élèves ont adhéré et ont été moteurs. En nous appliquant sur le règlement intérieur, nous avons tout d’abord préparé une enquête à destination de tous élèves du collège pour savoir si les règles de vie au collège étaient comprises, acceptées et ce qu’en pensaient les élèves. Il est apparu que tous les élèves ne comprennent pas le règlement intérieur, que certaines notions sont compliquées. Le texte est long, la lecture périlleuse et il est difficile de s’y retrouver. Par ailleurs, les élèves remettent parfois certaines règles de vie en question comme les tenues vestimentaires, l’utilisation du portable ou l’interdiction du chewing-gum.

Des objectifs principaux ont donc été définis : clarifier certains points du règlement, favoriser l’appropriation des règles de vie collective et illustrer certaines parties du règlement. La finalité est d’enrayer le sentiment d’injustice des élèves, de réduire le sentiment de cumul d’interdits sans sens. En résumé, nous voulons faire du règlement intérieur un outil de construction du vivre ensemble. Le CVC est une instance de participation des élèves. Ils ont leur mot à dire et il faut leur donner leur parole car ils ont des choses très intéressantes à proposer. Le projet est au cœur de la politique éducative et, je l’espère, contribuera à améliorer le climat scolaire du collège.

Pour mener à bien ce projet, j’ai sollicité une collègue enseignante d’Histoire-géographie et d’éducation morale et civique avec qui j’ai préparé et co-animé les séances d’explications.
Pour l’illustration, les élèves ont choisi le support vidéo. Le tournage aura lieu au mois de mai. Le Conseil départemental a été partenaire et m’a proposé de prêter du matériel pour le tournage. C’est tout le travail mené dans le cadre de ce projet que je présenterai lors de la séance pédagogique de mon inspection.

 Le métier que vous découvrez est-il conforme à vos attentes ?

Jeune lauréate, on aurait tendance à débarquer avec nos gros sabots avec l’envie de faire avancer les situations à vitesse grand V. Il y a toujours un décalage entre les attendus du métier et la réalité du terrain. De la dissertation sur la fraternité jusqu’à l’élève qui arrive dans votre bureau à 8 heures en pleures et vous dit qu’il ne veut pas aller en cours parce que son chien est mort, on se pourrait vite se dire qu’il y a un gros fossé. Mais pas tant que ça. Le métier est en total accord avec mes représentations. Il n’y pas une journée qui se ressemble, c’est un métier unique et c’est aussi pour cela que je l’ai choisi.

 Selon vous, quelles sont les principales qualités d’un bon CPE ?

Je n’aurais pas la prétention d’avoir des certitudes à ce sujet. Un CPE est un être humain comme les autres, il n’a pas de super pouvoirs ou de baguette magique. Je dirais que le CPE doit à la fois savoir conseiller, orienter, agir, analyser sa pratique, se remettre en question et agir systématiquement dans l’intérêt de l’élève. Selon moi, un bon CPE est un CPE qui se pose des questions. Pour conclure, l’une des qualités fondamentales est l’autorité bienveillante : savoir fixer un cadre tout en étant juste pour les élèves.

 Dans quelle dimension du métier de CPE vous épanouissez-vous le plus ?

L’animation des instances citoyennes est un espace de respiration pour moi. J’en ai d’ailleurs fait mon sujet de mémoire. Je ne suis pas pour autant uniquement un développeur de projet, uniquement une« éducatrice à la citoyenneté ». Si le métier me plait autant c’est que toutes les dimensions m’épanouissent. Le travail en équipe est une dimension particulièrement intéressante du métier, elle est nécessaire au suivi global de l’élève. L’animation de l’équipe de vie scolaire, la formation et le développement de compétences des assistants d’éducation sont également essentiels. Toutes les dimensions sont liées, elles ne sont pas à séparées. C’est parce qu’il y tout cela que je m’épanouis autant.

 Enfin, quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux futurs lauréats qui occuperont votre place de fonctionnaire stagiaire l’an prochain ?

L’année de l’obtention du concours, on s’en souvient toute sa vie. L’année de fonctionnaire stagiaire aussi ! L’enjeu est important, ce n’est pas à prendre à légère. J’aurais tendance à dire qu’il faut écouter les conseils des tuteurs, des personnels de direction et des collègues CPE. On attend de nous qu’on soit tout de suite des professionnels. Les écrits pour l’inspection doivent aussi être travaillés dès le début d’année et retravaillés car ils évoluent tout au long du parcours et permettent de prendre de la hauteur. Enfin, je dirais qu’il faut savoir être efficace et ne pas se noyer dans le travail parce que l’année est longue et qu’il faut tenir le rythme.

Mise à jour : 24 avril 2018