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Interview d’Hayett Nafa, conseillère principale d’éducation

Arrivée première de la session 2016 du concours externe, fonctionnaire stagiaire en collège l’an passé, Hayett Nafa exerce aujourd’hui ses fonctions de conseillère principale d’éducation au lycée Jean-Baptiste Corot de Beauvais. En parallèle, elle suit la formation académique destinée aux CPE néo-titulaires. Pour le site internet académique des CPE, Hayett a accepté de revenir sur son expérience.

 Hayett, vous avez été titularisée cet été, comment s’est passée votre prise de fonctions en septembre 2018 ?

Ma prise de fonction s’est très bien déroulée dans la mesure où elle s’est réalisée en plusieurs étapes. Ayant eu connaissance de mon affectation au mois de juin, je me suis rendue dans l’établissement pour y rencontrer le chef d’établissement et mes futurs collègues. Cette première visite m’a permis de rencontrer l’équipe de direction et de vie scolaire mais aussi de prendre connaissance du projet d’établissement et de son volet éducatif. Le chef d’établissement m’a fait visiter les principaux espaces du lycée (vie scolaire, pôle administratif, maison des lycéens, internat, ateliers, salle des professeurs etc…). Cette visite était très importante pour moi qui découvrais le lycée professionnel. Je crois aussi que ce premier contact est indispensable, car il permet de surmonter un certain nombre d’angoisses que l’on peut ressentir avant une nouvelle prise de fonction et de confronter ses représentations, ou ses craintes, à la réalité. Elle permet aussi de se projeter dans son futur contexte d’exercice de manière plus tranquille et sereine.

Ensuite, j’ai beaucoup échangé avec mon collègue de promotion qui était justement stagiaire dans cet établissement. Nous nous sommes rencontrés pendant les vacances et il m’a transmis un grand nombre d’informations qui m’ont été très utiles et qui m’ont permis d’assurer une continuité dans le suivi des élèves. Enfin, j’ai effectué la semaine administrative du mois d’août dans mon nouvel établissement, ce qui m’a permis de rencontrer l’ensemble des personnels, de découvrir plus concrètement le fonctionnement de l’établissement et du service vie scolaire.

La première rentrée est un temps fort qui n’est certes pas facile à aborder lorsqu’on n’est pas suffisamment préparé. Il s’agit d’observer mais aussi d’agir en même temps : il faut accueillir et orienter les élèves, leurs parents, on doit organiser, hiérarchiser et traiter un très grand nombre d’informations en peu de temps. Pour cela, j’ai pu m’appuyer sur une équipe de vie scolaire solide, riche de plusieurs années d’expérience au sein du lycée. Enfin, je suis allée rapidement à la rencontre des enseignants qui m’ont très bien accueillie. La collaboration avec professeurs principaux s’est très vite mise en place, dès les premières semaines de septembre.

 En parallèle, vous suivez la formation académique destinée aux néo-titulaires. Sur quel sujet avez-vous décidé de travailler et pour quelles raisons ?

J’ai choisi de travailler sur le décrochage scolaire car c’est une problématique à laquelle je suis particulièrement confrontée cette année. Un nombre assez important des élèves de l’établissement sont (ou sont susceptibles de devenir) en situation de décrochage. Les facteurs sont, comme bien souvent, multiples. Mais s’ils sont communs à plusieurs élèves (orientation subie, difficultés scolaires, éloignement géographique, CSP défavorisé….), chaque situation est unique et demande une prise en charge individualisée. Dans le même temps, la question du décrochage doit pouvoir faire l’objet d’une politique éducative bien définie au sein de l’établissement car elle concerne l’ensemble de la communauté éducative (personnels éducatifs, personnel enseignant, pôle médico-social, équipe de direction, et bien sûr les parents), ce qui n’est pas toujours évident à mettre en place. Je crois que cette question nécessite une réflexion permanente.

 Comment s’est passée votre année en tant que fonctionnaire stagiaire ?

Extrêmement bien ! J’ai eu la chance d’avoir un tuteur de terrain (Fabrice Berton, qui était dans le même temps formateur académique et mon seul et unique collègue) qui m’a fait confiance et m’a permis de mettre en place un grand nombre d’actions en soutenant toutes mes initiatives. J’ai beaucoup appris cette année là car le fait d’avoir pu expérimenter, en étant encadrée, m’a permis de constater que les réussites sont toujours relatives, et que les erreurs, lorsqu’elles sont observées et analysées, sont indispensables pour construire, s’adapter, puis renouveler et avancer.

Le suivi par le tuteur de l’ESPE, et plus largement la formation à l’ESPE, m’a permis de mettre en forme mes idées et de questionner ma pratique tout au long de l’année. Les échanges avec les formateurs, mais aussi avec mes collègues fonctionnaires stagiaires, ont été très constructifs. J’ai pu me constituer une banque de ressources et partager des interrogations. D’ailleurs, l’écrit réflexif et le rapport d’activité, s’ils semblent fastidieux à rédiger au premier abord, sont un moyen de questionner ses pratiques tout en exerçant. Avec le recul, je m’aperçois que cet exercice est formateur, voire indispensable. Il est difficile de prendre le temps de penser sa pratique lorsqu’on est dans l’action. L’écrit nous contraint à le faire et nous permet de questionner, confronter, (dé)construire et de s’améliorer.

 Quel souvenir gardez-vous de vos deux années de formation à l’ESPE d’Amiens ?

J’en garde un excellent souvenir ! La première année était très intense, ce à quoi on peut s’attendre compte tenu du niveau d’exigence du concours. Les connaissances à acquérir sont nombreuses et très variées, de même que la dissertation et la note de synthèse sont des exercices dont la méthode s’acquière à force d’exercice, tout au long de l’année. Les formateurs étaient très investis et disponibles, je pense notamment à ceux qui se proposaient de corriger des sujets types en plus de ceux qui étaient rendus, et à la mise en place d’oraux blancs avec un créneau d’inscription très large, pour nous entraîner au maximum.

La deuxième année a été riche, particulièrement par les temps d’échanges qui nous ont permis de prendre du recul sur les difficultés que l’on pouvait rencontrer sur le terrain. Les situations traitées étaient très concrètes et nous étions dans le cœur du métier. J’en garde un très bon souvenir aussi. De plus, j’ai eu la chance d’atterrir dans une super promotion, en Master 1 et en Master 2. J’ai rencontré des personnes aux trajectoires très variées. Ce furent deux années très enrichissantes, d’un point de vue humain aussi.

 Forte de votre expérience, que conseilleriez-vous aux étudiants en Master 1 CPE qui passent le concours cette année ?

Je leur conseillerais de travailler régulièrement, de ne pas hésiter à s’entraîner dans des conditions réelles. Il est important de réaliser autant de dissertations et notes de synthèse « blanches » que faire ce peut, de prendre le temps de lire les corrections, et d’exercer une veille éducative. Et enfin, et surtout, je leur conseille de se faire confiance et de ne pas s’arrêter sur ce qu’on peut nommer, à tort, un « échec ». Une mauvaise note, voire même la non admissibilité au concours, sont des choses réversibles ! C’est un concours exigeant, il faut le garder en tête, pas seulement pour se mettre la pression mais aussi pour se fixer une perspective de progression ; ce qui implique de s’évaluer, de comparer ses travaux, de s’intéresser au travail des autres aussi. D’ailleurs je leur conseille aussi se constituer un petit groupe de travail et de soutien. Les échanges avec les autres sont très instructifs et formateurs à mon sens, et l’aspect psychologique n’est pas négligeable. La solidarité avec mes collègues de promotion a été une ressource très précieuse pour moi.

 Quels sont les éléments qui vous ont donné envie de devenir conseillère principale d’éducation ?

En fait, ce métier m’a attirée très tôt dans mon parcours. J’ai eu des conseillers principaux d’éducation qui m’ont marquée lorsque j’étais moi-même élève. Après ma licence j’hésitais entre le concours de CPE et celui de professeur des écoles car l’enseignement m’attirait également. J’ai choisi le professorat tout en me disant que je me réorienterais très certainement plus tard, ce qui n’a pas manqué ! Mes huit années d’exercice en tant que professeure des écoles m’ont permis de confirmer mon intérêt profond pour le développement de l’élève, la construction de sa personnalité, la transmission de valeurs, en amont des apprentissages.

J’ai repris des études tout en enseignant, et mes recherches en sociologie m’ont confortée dans mon choix : mes missions éducatives étaient une grande source de stimulation, plus encore que la transmission des savoirs disciplinaires. Les missions telles que l’accompagnement et le suivi de l’élève, la mise en œuvre de projets éducatifs, la collaboration avec différents professionnels (psychologue scolaire, éducateurs, assistant social, orthophoniste, médecin scolaire, etc.) et bien sûr, avec les parents d’élèves, étaient celles qui m’épanouissaient le plus. Je savais que le métier du CPE me permettrait de m’y consacrer entièrement, et l’idée de travailler avec des adolescents m’intéressait de plus en plus. C’était une sorte de continuité pour moi. Je me suis donc lancée il y a deux ans…

« Le CPE est en mouvement permanent [...] les missions sont riches et variées, ce qui rend notre métier dynamique et passionnant. »

 Et votre expérience de terrain correspond-t-elle à l’idée que vous vous faisiez du métier avant de passer le concours ?

Tout à fait. Le CPE est en mouvement permanent  : il a de multiples collaborateurs, il alterne entre le suivi individuel et le suivi collectif des élèves. Les missions sont riches et variées, ce qui rend notre métier dynamique et passionnant. C’est exactement de cette façon que je me le représentais. Le fait de concevoir son activité, en concertation avec ses collègues bien sûr, donne une liberté qui est très appréciable et qui nous permet de varier nos pratiques et d’expérimenter plus facilement peut-être que lorsque l’on enseigne.

 Selon vous, quelles doivent être les principales qualités d’une bonne conseillère principale d’éducation ?

Oh elles sont nombreuses ! Je pense que l’écoute active de l’élève, l’analyse des situations (la capacité à contextualiser, à comprendre et à rechercher des solutions), une bonne communication, l’organisation (et le pilotage), et enfin et surtout, l’autorité bienveillante, sont les principales qualités pour être un bon conseiller principal d’éducation. Je crois aussi qu’il est indispensable d’avoir de l’empathie et une capacité à comprendre le mode de vie de l’Autre, sans le juger, surtout lorsqu’il est différent de nous (je pense notamment aux parents d’élèves).

 Pour finir, quelles sont les principales problématiques ou difficultés que vous pouvez rencontrer sur le terrain ?

Comme je le disais, l’absentéisme est la problématique à laquelle je suis le plus confrontée. Accompagner les élèves en situation de décrochage n’est pas toujours simple. On se sent parfois démuni face à certaines situations d’élèves. C’est ici notamment que la collaboration avec l’ensemble de la communauté éducative prend son sens, car bien qu’elle ne soit pas toujours facile à mettre à œuvre, elle est indispensable.

Mise à jour : 9 février 2018